12 novembre 2007
Mon bric-à-brac culinaire. Inventaire à la Prévert pour Tambouille
Il y a quelque temps, les deux complices du blog Tambouille ont proposé un jeu dont le concept m'a amusée autant que séduite. Il s'agissait, le lundi 12 novembre de publier sur nos blogs un inventaire des cinq ustensiles les plus incongrus, les plus précieux, les plus inutiles, les plus exotiques ou les plus moches qui soient en notre possession. Il fallait choisir soit un objet de chacune des cinq catégories, soit cinq objets rentrant dans une seule de ces rubriques. A la lecture de leur billet, une liste de quelques objets rentrant sans problème dans ces catégories m'est venue à l'esprit et je me suis inscrite illico pour la première formule. Mais hier, au moment de faire les photos destinées à ce billet, consternation! Si j'avais bien de l'incongru et de l'inutile à profusion -je suis connue chez moi pour être amatrice de gadgets culinaires à quatre sous et ce jeu semblait donc fait pour moi-; si j'avais même un peu de moche, si, si... je me demandais bien ce que j'allais pouvoir mettre dans la catégorie exotique. Mon wok électrique n'y entrait manifestement pas. Ah si, ma fille cadette m'avait rapporté une paire de baguettes en inox de Corée du Sud! Joli, mais pas très drôle ni même très dépaysant. Quant au précieux, j'avais bien ma précieuse sorbetière, mais elle ne l'est qu'à mes yeux, précieuse. Point de couverts en argent ou d'assiette en vermeil. Que de l'usuel, du fonctionnel, du qui me plaît et de l'incongru mais rien de sophistiqué ni d'alambiqué. Jetez plutôt un oeil dans un de mes tiroirs.
Puisqu'il s'agit d'un jeu amusant, j'ai donc décidé m'affranchir un peu des règles et de donner une définition personnelle des objets incongrus. C'est pour moi une catégorie transversale qui englobe à la fois l'objet incongru pur et celui dont l'utilité douteuse dès le départ -bien que l'on ait voulu se persuader du contraire en l'achetant- conduit aussi à le classer parmi les incongrus.
L'incongru pur, c'est le genre de gadget que l'on trouve par exemple dans les petits magazines de vente de gadgets culinaires par correspondance et dont la description nous faire rire. C'est par exemple cette pelle à poisson déployable que quelqu'un (je ne dirai pas qui) m'a offert et qui sert à retourner la bête pour mieux la faire cuire.
Eh bien riez si vous voulez, cet ustensile m'a servi vendredi. La preuve! D'accord, on ne voit pas grand chose sur la photo qui suit, mais c'est bien lui.
Le deuxième objet de ma liste, je crois bien que je l'ai acheté moi-même. C'est un écailleur à poisson avec tiroir à écailles incorporé. Je devais penser ainsi pouvoir éviter de voir les écailles sauter partout et m'épargner la corvée du nettoyage.
La bonne idée, comme toujours, c'est de faire travailler l'imagination du futur acquéreur, parce que pour ce qui est de l'efficacité, ce n'est pas vraiment ça. La rangée de dents en plastique dur peine à entamer une couche d'écailles serrées. C'était beau, pourtant, ce tiroir à capot!
Le troisième objet est un duo de faux jumeaux. Ce sont des presse-ail que j'ai achetés pensant encore m'épargner une autre mini-corvée, celle de déloger les résidus d'ail dans les trous de mon presse-ail de toujours. De l'art des triples emplois.
Une photo en gros plan de l'indétrônable avant de passer à la physionomie de ceux qui ne sont pas parvenus à l'égaler.
Le premier -encore un achat par correspondance que j'ai eu la flemme de retourner!- était présenté comme astucieusement conçu de telle sorte que ses picots viennent naturellement déloger les résidus, une fois le travail accompli. Jugez plutôt.
En réalité, impossible de presser la moindre gousse d'ail avec un instrument en plastique qui plie dès que l'on appuie un peu vigoureusement dessus, fidèle à la devise du roseau: "Je plie, mais ne romps pas".
Du coup, j'ai acheté le suivant dans un supermarché, pensant qu'un objet métallique viendrait à bout de ces vicissitudes. Un seul problème: il ne remplit pas bien sa fonction première. Je suis donc revenue à mes premières amours, sans pour autant jeter des instruments par ailleurs en bon état.
Je vous laisse deviner à quoi sert mon quatrième. Regardez bien. C'est écrit sur l'étiquette.
Le seul problème, c'est que je n'ai jamais compris exactement comment ça marche. Pareil avec mon cinquième. Encore un duo. Celui-là je l'ai acheté sur un marché un jour de vacances. J'adore regarder les démonstrations faites par des bateleurs aux mains rapides et au verbe haut. Je sais que le premier sert à faire des juliennes et un des embouts du second à tourner des légumes en rosace, mais comment ça marche exactement? Mystère.
Ces deux-là sont bien propres. On voit qu'ils sont récents. Pas comme l'étiquette du pèse-sirop, qui doit bien avoir dans les 25 ans. On ne se refait pas.
20 juin 2007
Le 4x4 non polluant d'Eliflo
En ce moment, je fais tout vite, vite, mais pour ce qui est de répondre à la demande d’Anne Papilles, j’ai mis le temps… justement parce que j’en manque, de temps et qu’il faudrait l’arrêter pour répondre posément à des questions aussi sérieuses. Parce que pour moi, c’est du sérieux, les livres. Je suis du genre à aller y chercher toutes sortes de choses, des idées, du lyrique, du pratique, de la fantaisie, une ouverture sur l’ailleurs et plein d’autres choses encore, alors forcément, faire le tri, quatre par quatre, c’est pas évident. C’est donc la réponse du moment que je donne ici, mais pas une hiérarchie définitive, ni même complètement stable parce que si j’ai mes fidélités, la liste est ouverte en permanence. Et si j’évoque essentiellement la littérature, c’est un choix bien restrictif. Pourquoi pas des livres de photographie, de peinture, de sociologie ou d’anthropologie ?
Et puisque l'ambiance sera plutôt anglo-saxonne, quelques photos d'Ecosse parsèmeront mon billet, à commencer par le manoir de Loch Rannoch, au nord d'Edimbourg, qui pourrait constituer le cadre idéal d'un roman d'Agatha Christie.
Les quatre livres de mon enfance
Je commence déjà à tricher et au lieu de donner 4 livres, je vais donner indifféremment des livres ou des auteurs. Petite fille, j’ai vite découvert le plaisir de vivre mille vies à travers celles des héros et héroïnes des livres que j’empruntais à la bibliothèque de quartier, une toute petite bibliothèque paroissiale où on trouvait des ouvrages sages et plutôt bien pensants. A 7-10 ans, le lisais les livres d’Enyd Blyton : le club des cinq ou le clan des sept, qui convenaient bien à mon côté garçonne toujours prête à jouer, courir, grimper, pédaler, nager, ramer… A 11 ans, je suis tombée amoureuse et me suis gavée pendant plusieurs mois de livres à l’eau de rose (Delly…) que je trouvais dans la dite bibliothèque. A 13 ans, j’ai lu ce que je considérais alors comme mon premier « vrai » livre, Rebecca, de Daphné du Maurier. Impossible de décrocher. Il m’a même valu une claque de ma prof d’anglais, une grande bonne sœur athlétique furieuse de découvrir que je poursuivais ma lecture en cours derrière le dos d’une de mes camarades. Mais j’ai oublié de parler de Tintin, de Barbarella, d’Alice…
Les vaches itinérantes à Edimbourg
Les quatre écrivains que je lirai et relirai encore
Proust. Obligée. C’est tellement dense, il y a tellement de choses dans ces pages qu’on peut y revenir sans se lasser, en prendre juste un fragment, l’abandonner et le reprendre.
John Mac Gaherne, un auteur irlandais récemment décédé. Ses livres sont pour moi des chefs d’œuvre, en particulier La caserne, mais aussi Le pornographe, Entre toutes les femmes…
Dans un autre style, Jennifer Johnston, une auteure irlandaise contemporaine que j’aime beaucoup, dont le style, très sobre, doit au fait qu’elle écrit aussi pour le théâtre. Ses histoires parfois décalées, son écriture elliptique pleine de poésie me plaisent définitivement. Les titres qui me reviennent en mémoire : La femme qui court, L’illusionniste mais il y en a plein d’autres, dont j’ai oublié le titre, même si j’ai gardé en mémoire la trame des récits et les ambiances.
Et pour les jours où il faut d’urgence se faire plaisir, la délicieuse Jane Austen d’Orgueil et préjugés ou de Northanger Abbey.
Les quatre que je ne rachèterai ou n’emprunterai plus
Des auteurs qui ne me plaisent guère, il y en a plein, mais si le livre me tombe des mains ou me déplaît carrément, je n’y reviens pas. Du coup, je sèche.
Les quatre derniers mots d’un de mes livres préférés
« … disparais pour toujours reparaître »
Ce sont les derniers vers d’un recueil de poèmes de Paul Eluard, Capitale de la douleur, suivi de l’amour, la poésie.
Les quatre premiers de ma liste à relire
Façons de dire, façons de faire. La laveuse, la couturière, la cuisinière, d’Yvonne Verdier. Un très beau livre d’ethnologie de la France qui retrace la vie des femmes d’un village de l’est de la France, Minot, juste au moment où les campagnes françaises amorçaient leur modernisation.
Nœuds et dénouements, d’Annie Proulx. Un récit plein d’humour qui se déroule à Terre-Neuve et qui réconcilie avec l’humanité. Dans le registre des livres de Barbara Kingsolver. Dans la même jolie collection Rivages, par association d’idées, les irrésistibles campus novels de David Lodge. Le premier, Un tout petit monde, m’a engagé à lire la série. Dans une veine proche, les livres d’Allsion Lurie sont également pleins d’un humour décalé sans être jamais malveillant.
Je reviens aussi toujours aux polars historiques (Peter Tremayne, Paul Harding, Anne Perry etc…) ou d’armchairs detectives à la Agatha Christie. Le sang pas méchant, l’histoire sans peine, rien de tel pour déposer les ennuis quotidiens avant de s’endormir ou pour quelques moments volés.
Mais quatre, c’est rien. Je voudrais parler aussi de Paul Auster, de Thomas Hardy, de Christopher Isherwood, ou de l’Henry James des Ailes de la colombe ou bien encore d’Annie Ernaux, en particulier, La place et Les armoires vides. En même temps, on ne peut pas citer toute une bibliothèque. Je ne parle pas de la mienne, j’emprunte pas mal. Question de place et de plaisir de farfouiller dans les rayonnages…
Les quatre lecteurs et lectrices dont j’aimerais connaître les quatre
J’ai mis tellement de temps à répondre que tout le monde a peut-être déjà répondu à ce questionnaire mais si ce n’est pas le cas et seulement si ça vous chante, j’aimerais connaître les multiples de quatre d’Hélène (Chez Becky et Liz), de Dorian (Mais pourquoi est-ce que je vous raconte ça), Céline (Le palais des délices) et Lilo (Cuisine campagne).
27 février 2007
Je ne suis pas seulement ce que je mange... encore que
Voici quelque temps déjà, Lolotte m’a demandé de répondre à ce questionnaire … dont j’ignore le titre, chacun.e le faisant heureusement travailler à sa guise pour y répondre.
Je mange donc je suis. Je suis ce que je mange. Est-ce que je me réduis à ce que je mange ? Poser la question en ces termes, c’est déjà y répondre par la négative. Bien sûr, la nourriture, c’est important, mais quand même…
Et pourtant on sent confusément que la question est complexe. Manger est un acte vital, qui conditionne notre survie mais dans nos sociétés d’abondance alimentaire, la question est moins de parer au manque que d’éviter les excès. Ce que l’on craint, ce n’est plus la soudure entre deux saisons mais la maladie qui passe la barrière des espèces en transitant par nos assiettes.
Alors qu’autrefois, la tradition et les saisons guidaient nos comportements alimentaires, il nous revient davantage de choisir le contenu de nos assiettes. Une responsabilité autant qu’un avantage car on a tôt fait de culpabiliser celui et surtout celle dont l’apparence laisse entendre qu’elle ne contrôle pas la quantité d’aliments qu’elle ingère. Dans une société qui valorise l’apparence, la minceur est culturellement associée à la beauté, à la réussite, au contrôle de soi, et par opposition, l’embonpoint est souvent vu comme le résultat de la gloutonnerie, donc d’un manque de volonté et de contrôle de soi.
Et puis manger, cuisiner sont des actes qui comportent une dimension affective forte On cuisine pour se nourrir, pour nourrir mais aussi pour faire plaisir, pour partager. Et on ne mange pas seulement pour se nourrir mais aussi pour (se) faire plaisir, pour (se) rassurer…
Le mangeur contemporain adulte (et encore plus la mangeuse, semble-t-il) a une représentation de ce que doit être une alimentation « idéale », c’est-à-dire variée, saine, plaisante au goût, mais raisonnable en quantité et en valeur calorique, une sorte de « morale alimentaire » qui prône l’équilibre … mais qu’il (ou elle) a bien du mal à mettre en application. D’où une sorte de « complexe alimentaire » mêlant inquiétude et culpabilité (on mange trop, trop gras, trop sucré…). Ce sont les mères, le plus souvent chargées de la cuisine quotidienne, qui ont le plus à faire face à des exigences contradictoires entre cet idéal alimentaire, les goûts et les besoins de chacun, le temps et l’argent dont elles disposent
Mais ce n’est pas parce que l’alimentation ne va plus de soi que l’on y prend moins de plaisir.
Si vous étiez coincée sur une île pour le reste de votre vie, et que vous ne pouviez choisir qu’une seule cuisine (française, italienne…), laquelle adopteriez-vous ? Pourquoi ?
Je ferais en fonction de ce que j’ai sous la main : les produits, les modes de cuisson et ce que je sais faire. Pour l’essentiel, les bases de la cuisine française, rajeunies de produits et de savoir-faire venus d’Italie, du Maghreb et d’Asie, qu’il faudrait adapter aux ressources locales.
Quel est l’aliment ou le plat le plus inhabituel que vous ayez goûté ?
Je suis assez méfiante, du point de vue alimentaire, mais j’ai quand même goûté un standard de la cuisine écossaise, le haggis, de la panse de brebis farcie. Je ne peux pas dire que j’ai été emballée. J’avais déjà goûté quelque chose d’équivalent à Millau et je n’avais pas pu non plus.
Quel est l’aliment ou le plat le plus inhabituel que vous ayez goûté et aimé ?
Les pouces-pieds, qu’une amie de Belle-Ile avait rapportés de chez ses parents et que nous avions mangés dans sa chambre d’étudiante. Une découverte. Les ormeaux, aussi, qui sont aussi rares que délicieux. Et dans un autre registre, les oatcakes, galettes d’avoine écossaises.
Quels aliments évitez vous de manger (que ce soit à cause d’allergies, d’un régime alimentaire précis ou juste parce que vous n’aimez pas) ?
La vinaigrette, qui transforme complètement le goût des crudités, la cervelle, dont je n’aime pas la consistance, les fromages forts…
Est-ce que vous cuisinez ?
En général oui, mais parfois je manque de temps ou je n’ai pas l’esprit à ça. Le gros problème, c’est d’être toujours assez organisée.
Combien de livres de cuisine possédez-vous ?
Un certain nombre de livres, de revues, de classeurs peronnels... En voici l'essentiel, mais j'ai quelques autres livres, dispersés sur d'autres rayonnages dans la maison.
Quel est le plat que vous préparez lorsque vous souhaiter impressionner ?
C’est plutôt l’inverse qui se produit. Je trouve très gênant d’impressionner. Quand on aime cuisiner et que l’on fait des choses un peu élaborées, ça prend du temps et de l’énergie, demande du goût et les personnes que vous recevez ont parfois peur de ne pas pouvoir rendre l’équivalent, alors que le plaisir, c’est d’abord d’être ensemble.
Au restaurant, avez-vous déjà demande à ce que l’on vous change un plat ou un vin?
Oui, j’ai ramené une fois un plat de seiches complètement caoutchouteuses. Je crois que le cuisinier (qui s’improvisait tel) les avait cuisinées comme de petits calmars. Il me faisait la leçon comme à quelqu’un qui n’en a jamais mangé, alors que ma mère préparait de fabuleuses morgates à l’armoricaine. Il est revenu 10 mn plus tard avec les mêmes mollusques toujours aussi durs, mais j’étais contente d’avoir marqué le coup. Ce n’est pas parce qu’on habite une région touristique qu’il faut faire n’importe quoi.
Quel est l’aliment dont vous ne pourriez vous passer ?
Je ne sais pas trop, le pain peut-être.
24 janvier 2007
Cinq choses sur moi
Merci à Gracianne de m’avoir invitée à participer à ce jeu de la blogosphère gourmande. C’est pour moi une grande première ; je n’ai encore participé à aucun jeu, questionnaire ou KIKI, même si l’envie me brûle parfois de lancer un questionnaire car je me pose mille questions sur la façon dont chacun(e) d’entre nous fait usage de son blog et de celui des autres.
J’habite en Bretagne, dans un port de pêche. Quand j’étais plus jeune, je m’imaginais ne pas pouvoir vivre ailleurs qu’au bord de la mer. Aujourd’hui, je crois que je pourrais m’adapter dans pas mal d’endroits, ce qui ne m’empêche pas d’apprécier celui où je vis… pas seulement pour la mer, d’abord pour l’amitié qui s’approfondit au fil du temps.
A table, je suis meilleure cuisinière que convive, car il y a hélas plein de choses que je n’aime pas. La liste, c’est d’abord : la vinaigrette, les oignons et l’ail crus, les huîtres crues, les fromages forts, après viennent le chou-fleur et les carottes cuites. Après ça devient compliqué : des carottes crues mais pas cuites, des pommes cuites mais pas crues… Et comme je n’aime pas non plus me forcer, mieux vaut donc me laisser au piano… ou tolérer que je dise non merci, ou que, comme les gamins, je fasse le tri dans mon assiette.
Distraite et indisciplinée, mais exerçant un métier qui demanderait, dans l’idéal pas mal d’autodiscipline, je suis souvent à la limite du retard et travaille souvent tard, voire très tard le soir. C’est que j’aime tout faire ou presque : ce qui a trait à mon métier, mais aussi lire, chanter, cuisiner, écrire, bavarder, et même bricoler, coudre… Mais comment faire tout ça dans une journée qui n’a que 24 heures ? Un peu touche-à-tout mais aussi perfectionniste, j’ai du mal à définir des priorités claires, je veux tout faire … et je me mets en retard.
Je suis une grignoteuse impénitente, diététiquement correcte le jour, mais prise tard le soir devant mon écran de fringales de toffees, biscuits et autres petites graines. Alors j’essaie de ne pas faire trop de gâteaux et biscuits, seulement quand j’ai mes enfants ou des amis, mais c’est dur parce que j’aime faire de la pâtisserie et que j’ai plein d’amis.
J’essaie de mettre mes idées en pratique. Pas facile par exemple d’être féministe et de passer pas mal de temps en cuisine. Alors je résous le paradoxe en faisant les choses si je veux, pas parce que je suis une femme, ou une conjointe, ou une mère mais parce que je veux le faire ou que je pense que je dois le faire.
Je passe le relais à Chris et à Cathy, si le cœur leur en dit. Je pensais aussi à Patrick mais je crois que Mamina l’a déjà sollicité.
21 janvier 2007
Proust gourmand. Hommage à Françoise 2
Je n’ai pas osé faire trop long l’autre jour. Voici donc la suite du passage que Proust consacre à la cuisinière des parents de Swann, Françoise. Il est encore plus long que le précédent, mais tout aussi savoureux et remarquablement observé :
« Mais enfin, lui demanda ma mère, comment expliquez-vous que personne ne fasse la gelée aussi bien que vous (quand vous le voulez)? – Je ne sais pas d’où ce que ça devient », répondit Françoise (qui n’établissait pas une démarcation bien nette entre le verbe venir, au moins pris dans certaines acceptions et le verbe devenir). Elle disait vrai du reste, en partie, et n’était pas beaucoup plus capable – ou désireuse – de dévoiler le mystère qui faisait la supériorité de ses gelées ou de ses crèmes, qu’une grande élégante pour ses toilettes, ou une grande cantatrice pour son chant. Leurs explications ne nous disent pas grand-chose ; il en était de même des recettes de notre cuisinière. « Ils font cuire trop à la va-vite, répondit-elle en parlant des grands restaurateurs, et puis pas tout ensemble. Il faut que le bœuf, il devienne comme une éponge, alors il boit tout le jus jusqu’au fond. Pourtant il y avait un de ces Cafés où il me semble qu’on savait bien un peu faire la cuisine. Je ne dis pas que c’était tout à fait ma gelée, mais c’était fait bien doucement et les soufflés, ils avaient bien de la crème. – Est-ce Henry ? » demanda mon père qui nous avait rejoints et appréciait beaucoup le restaurant de la place Gaillon où il avait à dates fixes des repas de corps. « Oh non ! dit Françoise avec une douceur qui cachait un profond dédain, je parlais d’un petit restaurant. Chez cet Henry, c’est très bon bien sûr, mais c’est pas un restaurant, c’est plutôt… un bouillon ! – Weber ? – Ah ! non, monsieur, je voulais dire un bon restaurant. Weber, c’est dans la rue Royale, ce n’est pas un restaurant, c’est une brasserie. Je ne sais pas si ce qu’ils vous donnent est servi. Je crois qu’ils n’ont même pas de nappe. Ils posent cela comme cela sur la table, va comme je te pousse. – Cirro ? » Françoise sourit : « Oh ! là je crois qu’en fait de cuisine, il y a surtout des dames du monde. (Monde signifiait pour Françoise demi-monde.) Dame, il faut ça pour la jeunesse. » Nous nous apercevions qu’avec son air de simplicité, Françoise était pour les cuisiniers célèbres une plus terrible « camarade » que ne peut l’être l’actrice la plus envieuse et la plus infatuée. Nous sentîmes pourtant qu’elle avait un sentiment juste de son art et les respect des traditions, car elle ajouta : « Non, je veux dire un restaurant où c’est qu’il y avait l’air d’avoir une bien bonne petite cuisine bourgeoise. C’est une maison encore assez conséquente. Ça travaillait beaucoup. Ah ! on en ramassait des sous là-dedans (Françoise économe comptait par sous, non par louis comme les décavés). Madame connaît bien là-bas à droite, sur les grands boulevards, un peu en arrière… » Le restaurant dont elle parlait avec cette équité mêlée d’orgueil et de bonhomie, c’était… le Café Anglais. »
Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, 1919.
Pour ma part, j’ignore tout du Café Anglais, mais j’aime la façon dont Proust décrit la la difficulté éprouvée par Françoise pour mettre en mots tous les petits gestes qu’elle sait être indispensables pour que sa recette soit réussie. Elle n’a certes pas la verve pédagogique de Mercotte pour expliquer comment réussir les macarons mais la même exigence têtue concernant les procédures à suivre. Et la comparaison avec l’art de la grande élégante –qui sait choisir sans phrases ce qui lui va et faire les bonnes associations de couleurs, de matières…, ou de la cantatrice qui sait comme personne mettre en valeur un morceau ! Je jubile de l’entendre désarçonner ses maîtres en détrônant ce qu’ils pensent être des valeurs sûres de la restauration, jusqu’à la chute inattendue. J’aime enfin que Proust, même avec une ironie et une distance qui affleurent, sache reconnaître à sa cuisinière des savoirs et des mérites auxquels lui et ses parents n’ont pas accès.
17 janvier 2007
Proust gourmand. Hommage à Françoise 1
Comme bien des gourmands, j’ai toujours aimé les passages de romans qui évoquent les agapes de leurs héros et les talents des cuisiniers qui les régalent. Petite fille, je dégustais par procuration les tartes aux prunes qui constituaient le goûter exotique du club des Cinq. Des tartes confectionnées, si j’ai bonne mémoire, par la tante de Claude, « garçon manqué » aventureuse à laquelle je m’identifiais, moi qui avais également la bougeotte mais aussi la passion des caramels. En grandissant, les goûts littéraires et culinaires se diversifient. Les miens sont assez variés, les goûts littéraires, je veux dire. Patricia, l’autre jour, a su me donner envie de lire un livre de Virginie Despentes. Le passage où une madeleine trempée dans du thé rappelle à Proust le fin, le sensible, des souvenirs enfouis est bien connu. Aujourd’hui, peut-être donnerai-je envie à quelques-uns d’ouvrir ou de rouvrir ses ouvrages à travers l’hommage qu’il rend à Françoise, la terrible cuisinière de ses parents.
« Le bœuf froid aux carottes fit son apparition, couché par le Michel-Ange de notre cuisine sur d’énormes cristaux de gelée pareils à des blocs de quartz transparent.
« Vous avez un chef de tout premier ordre, madame, dit M. de Norpois. Et ce n’est pas peu de chose. Moi qui ai eu à l’étranger à tenir un certain train de maison, je sais combien il est souvent difficile de trouver un parfait maître queux. Ce sont de véritables agapes auxquelles vous nous avez conviés là. »
Et en effet, Françoise, surexcitée par l’ambition de réussir pour un invité de marque un dîner enfin semé de difficultés dignes d’elle, s’était donné une peine qu’elle ne prenait plus quand nous étions seuls et avait retrouvé sa manière incomparable de Combray.
« Voilà ce qu’on ne peut obtenir au cabaret, je dis dans les meilleurs : une daube de bœuf où la gelée ne sente pas la colle, et où le bœuf ait pris le parfum des carottes, c’est admirable ! Permettez-moi d’y revenir, ajouta-t-il en faisant signe qu’il voulait encore de la gelée. Je serais curieux de juger votre Vatel maintenant sur un mets tout différent, je voudrais, par exemple, le trouver aux prises avec un bœuf Stroganof. » (…)
Mais de tous ses mots, le plus goûté le fut par Françoise qui, encore plusieurs années après, ne pouvait pas « tenir son sérieux » si on lui rappelait qu’elle avait été traitée par l’ambassadeur de « chef de premier ordre », ce que ma mère était allée lui transmettre comme un ministre de la Guerre les félicitations d’un souverain de passage après « la Revue ». Je l’avais d’ailleurs précédée à la cuisine. (…)
Françoise accepta les compliments de M. De Norpois avec la fière simplicité, le regard joyeux et –fût-ce momentanément – intelligent, d’un artiste à qui on parle de son art. Ma mère l’avait envoyée autrefois dans certains grands restaurants voir comment on y faisait la cuisine. J’eus ce soir-là à l’entendre traiter les plus célèbres de gargotes le même plaisir qu’autrefois à apprendre, pour les artistes dramatiques, que la hiérarchie de leurs mérites n’était pas la même que celle de leurs réputations. « L’ambassadeur, lui dit ma mère, assure que nulle part on ne mange de bœuf froid et de soufflés comme les vôtres. » Françoise avec un air de modestie et de rendre hommage à la vérité, l’accorda, sans être, d’ailleurs, impressionnée par le titre d’ambassadeur, elle disait de M. de Norpois, avec l’amabilité due à quelqu’un qui l’avait prise pour un « chef » : « C’est un bon vieux comme moi. »
Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, 1919.
Le compliment n’est pas sans nuances. Apologie de la réalisation culinaire, il l’est moins de la personnalité de son auteure, si l’on retient le terrible «fût-ce momentanément – intelligent » qui qualifie le regard de Françoise. Beaucoup de choses m’intéressent dans ces quelques extraits. D’abord la répartition des fonctions selon les sexes, les générations et les âges et le chassé-croisé des positions hiérarchiques, au-delà de la stricte géographie des statuts sociaux. On notera la proximité/distance qui lient la patronne, son jeune fils et leur domestique dans les fonctions du quotidien. Mme Swan et Françoise font jeu commun du fait de leur sexe, Swan en raison de son âge. On notera aussi la sensibilité de Proust et son ouverture à la subtile remise en cause des hiérarchies établies au plus fin des réalisations humaines.
08 janvier 2007
Les titres auxquels vous avez échappé
Se mettre à faire un blog, c’est un peu comme décider d’arrêter de fumer. On peut y penser longtemps avant de passer à l’action.
Tout commence un peu par hasard. On tombe sur un site en cherchant une recette sur internet. Pour moi, ça a été C’est moi qui l’ai fait, le site de Pascale. Puis j’ai cliqué sur ses liens gourmands. Dans un premier temps, ça s’est arrêté là. De fil en aiguille, je devrais dire de jour en jour, voire d’heure en heure, j’ai ajouté quantité de sites dans mes favoris, puis je me suis mise à leur rendre visite de façon presque systématique.
C’est là que l’envie de participer commence à vous titiller. Vous regardez d’abord ceux des autres, vous vous dites que décidément, non, il y en a tellement de beaux, de délirants, de techniquement parfaits, de culturellement intéressants… mais aussi des simples et bons, des inventifs tout en restant réalisables… et encore des drôles, des instructifs, des conviviaux. A quoi bon en ajouter un de plus ? Mais en même temps, à quoi bon mettre un commentaire si on n’a pas d’espace interactif ? Et puis vous avez peut-être des choses à échanger quand même… et puis… et puis… L’idée a germé, vous en êtes à chercher comment vous pourriez l’intituler, votre blog, si vous veniez à en créer un.
Au début, j’avais une idée, une seule, Le fricot d’Eliflo, parce qu’Eliflo, c’est mon pseudo et que ça sonnait bien, un peu naïvement avec fricot, et puis fricot, c’était pas déjà utilisé et ça faisait cuisine sympa, du genre à mitonner tranquillement dans une marmite. Comme c’est resté ma seule idée pendant une semaine, elle s’est un peu usée.
Tout d’un coup, les idées ont commencé à affluer. Il y a eu, dans le désordre :
Les délices du palais, en miroir avec Le palais des délices de Céline
Croq en stock, un clin d’œil au Coke en stock de Tintin, jusqu’à ce qu’une copine dans la confidence me dise que ça faisait solderie, et qu’une deuxième m’affirme que c’était une marque de croquettes pour chats
Dans le même esprit, Coq en stock, en référence au maître coq
Cric crac croque, parce que je craque pour ce qui croque
Opéra bouffe, une idée qui m’est venue un soir en sortant de la chorale
Et encore Croquant craquant, pour la raison évoquée plus haut, Sucre glace, parce qu’après tout il y avait bien Blanc d’œuf. Mais là, la même Casbahtitia qui avait découvert la marque de croquettes pour chats me fait remarquer que Sucre glace fait un tantinet précieux. Je traduis immédiatement Poupée Barbie et même avec une bonne dose d’humour décalé, je ne peux pas aller aussi loin dans la trahison de mes idéaux féministes.
A l’issue de la deuxième semaine, le projet n’est plus secret. Tout le monde préfère Le fricot d’Eliflo, sauf moi, qui ai trouvé tellement d’autres idées dans l’intervalle. Le seul hic, c’est qu’aucune ne fait l’unanimité. Et tout d’un coup, Le cru et le cuit s’impose à moi, avec ses connotations anthropologiques bien sûr, mais aussi avec le jeu de mots possible sur le cru, qui laisse de la place à une improbable rubrique œnologique qui ne serait pas tenue par moi. Et moi, une fois que j’ai les mots pour mettre sur les choses…
22 décembre 2006
Sapin de Noël pour le KKVJ d'Anne P§P
Voici le sapin que je viens juste d'intaller dans la véranda inondée de soleil... comme quoi il ne pleut pas toujours en Bretagne.
02 décembre 2006
Premiers pas dans la blogosphère
Voici quelque temps que je songeais à faire mes premiers pas dans la blogosphère culinaire. Mon optimisme congénital et ce que j'avais cru comprendre des commentaires des pratiquant.e.s me laissait espérer que tout était facile. Las! Tout me fait problème, notamment la fabrication d'un bandeau titre un peu plus sympa, avec photos, l'alimentation des colonnes de gauche et de droite, sans oublier le souhait de ne pas avoir de message publicitaire sur mon blog.
Mais trève de soucis blogguesques! Quelques mots sur mes intentions. Même si je suis "cookbook addict", j'aime les blogs pour leur interactivité et aussi pour les commentaires qui accompagnent la description de la fabrication. A mon sens, c'est ce souci du détail qui fait la réussite ou l'échec d'un plat. Le commentaire enclenche aussi l'imagination et engage à passer à l'action. J'espère qu'il en ira ainsi de mes billets.
Gourmande impénitente mais aussi quelque peu phobique, je suis venue à la cuisine par mes dégoûts autant que par mes goûts. Cuisiner m'a permis d'éviter oignon et ail cru, vinaigrette et autre camembert (la liste exhaustive est décidément trop longue) tout en me faisant plaisir sans pénaliser celles et ceux qui partagent ma table. Etre difficile conduit à éplucher moult livres de recettes pour dénicher celles qui ont l'heur de satisfaire à ces multiples critères et à tester avant d'adopter.
Je souhaite ici échanger à propos de mes recettes éprouvées, celles de tous les jours et les plus élaborées. Je trouve par exemple précieuse la déclinaison de tout un repas dont les plats s'organisent de façon harmonieuse. J'aimerais aussi échanger sur mes expérimentations et impressions culinaires, mes réflexions sur les produits, sur l'alimentation... Tout un programme! Mais il me faut d'abord m'initier à la technique. Merci de m'envoyer quelques conseils, parmi ceux que vous jugez les plus utiles.






















