Le débat a longtemps fait rage dans ma famille concernant les termes à privilégier pour désigner ce que l’on appelle généralement les crêpes, celles que l’on mange communément à la Chandeleur mais aussi à bien d’autres occasions.

Dans ma belle-famille, originaire du centre Bretagne, ne méritent le nom de crêpes que celles qui sont cuites sur la billig, la traditionnelle galettoire autonome, en fonte, autrefois posée sur l’âtre, désormais électrique ou au gaz. Ma belle-mère, Alice, était l’aînée de 11 enfants et avait appris à faire les crêpes sur l’âtre pour sa nombreuse famille. Il faut imaginer la fillette devant ses deux billig posées sur leur trépied, au-dessus d’un feu régulièrement alimenté de petit bois et les piles de crêpes qui montaient régulièrement. Ses crêpes de blé noir et de froment étaient respectivement dénommées crêpes à l’eau (salées) et crêpes au lait (sucrées). Elle considérait la galettoire au gaz comme d’un extrême confort et ne comprenait pas que j’aie des difficultés à étaler la pâte, qu’elle faisait très fluide afin que les crêpes soient très fines. Ce n’est pourtant pas une tâche aisée. Il faut d’abord graisser la billig à l’aide d’un chiffon passé au saindoux, puis verser la pâte et l’étaler à l’aide de la rozell, sorte de spatule triangulaire en bois. C’est là que la tâche se corse, car il faut pour cela décrire deux C avec le poignet, un à l’endroit, l’autre à l’envers, le tout sans appuyer trop fort, afin de ne pas râcler la plaque, ruinant ainsi tout espoir d’obtenir une belle crêpe ronde et régulière. Les crêpes fraîches, juste additionnées de beurre, constituaient un repas, mais leur confection allait bien au-delà de cette consommation. Ma belle-mère en cuisait plusieurs douzaines, des deux sortes. Une fois refroidies, il fallait les décoller et les plier afin de les consommer dans les jours qui suivaient. L’arrivée du congélateur à la ferme a permis d’espacer la confection des crêpes.

Quand Alice faisait des crêpes à la poêle, essentiellement pour les enfants, elle les appelait galettes et sucrait la pâte beaucoup plus que ne le faisait ma propre mère.

Dans ma propre famille, originaire de Vannes, quand on faisait des crêpes à la poêle, on les appelait crêpes, sans adjectif qualificatif. Par contre les crêpes cuites à la billig étaient appelées crêpes de blé noir et crêpes de froment. A la crêperie, on demandait une blé noir-beurre, une froment-confiture etc. Mais avec le temps, j’ai entendu de plus en plus souvent ma mère troquer l’expression crêpe de blé noir contre celle de galette. Fâcheuse confusion, cependant commune. La galette était en effet initialement pour nous la crêpe de blé noir épaisse consommée en Haute-Bretagne, notamment sous la forme de la galette-saucisse vendue lors des kermesses, marchés et autres manifestations sportives dans la région de Rennes ou de Saint-Malo. Rien à voir avec la crêpe de blé noir de Basse-Bretagne, plus fine et consommée plus ou moins kraz (croustillante).

Ma connaissance de ce produit de ma région ne dépasse pas celle des subtilités linguistiques qui y ont trait. Je me contenterai donc de donner ici ma recette de ce que j’appelle crêpes et que le fils d’Alice persiste à nommer galettes. Afin de les avoir bien fines, j’ai diminué la proportion classique de farine ; pour satisfaire le désir d’enfance du mangeur de galettes, je sucre la pâte bien au-delà des deux cuillérées à soupe d’usage.

Ingrédients :

  • 1 litre de lait entier

  • 6 œufs

  • 400g de farine (au lieu des 500g de mon livre de référence) ; la farine bio complète convient aussi très bien à cette recette

  • 150g de sucre (au lieu des 2 cuillérées à soupe de mon livre de référence)

  • quelques pincées de vanille en poudre pure

1.      Faire une fontaine avec la farine mélangée au sucre et à la vanille.

2.      Y casser les œufs.

3.      Mélanger la pâte en ajoutant éventuellement un peu de lait. Bien la battre quand toute la farine sucrée est absorbée.

4.      Verser ensuite petit à petit le lait.

On peut aussi mettre tous les ingrédients dans le bol d’un robot, dernier cri, ou plus vintage,

comme celui-ci, que je viens d’acquérir sur le net.

Cette pâte ne demande pas à reposer et peut être utilisée immédiatement. Par contre, la pâte étant assez fluide, il n’est pas facile de faire sauter les crêpes. Le mieux est de graisser la poêle (je le fais avec du beurre clarifié passé au pinceau -voir recette du beurre clarifié express-), de verser la pâte, et quand les bords commencent à dorer, de soulever un bord et de retourner la crêpe à l’aide de la spatule, puis de cuire l’autre face.

Voici le résultat final :

                                             

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